les legendes

 

le roi arthur

Héros de la résistance celte à l’invasion anglo-saxonne, le roi Arthur est le personnage qui inspire les plus beaux récits des poètes médiévaux.

Arthur, Merlin l’enchanteur, Lancelot, les chevaliers de la Table ronde, Tristan ou Perceval évoquent un monde chevaleresque où l’honneur est primordial.

Mais le grand roi qui aurait tranché des têtes d’un revers de son épée Excalibur n’est-il qu’une légende ?

Arthur a-t-il réellement existé ? Quel est l’antique secret du Graal ?

La légende d’Arthur

Quelques temps après que les Romains ont quitté la Grande-Bretagne, les Celtes, livrés à eux-mêmes, s’organisent en une multitude de petits royaumes qui, rapidement, se querellent. L’un de ces Etats est dirigé, nous disent les conteurs, par le roi Uther Pendragon.

Grâce à une ruse de son druide Merlin, Uther parvient à abuser de la femme de l’un de ses ennemis, la belle Igraine.

L’enfant qui naît, Arthur, est élevé par Merlin.

Adolescent, Arthur révèle son sang royal en parvenant sans peine à dégager d’un rocher l’épée merveilleuse Excalibur.

Le roi Arthur et son épée magique (Excalibur de John Boorman, 1981)

En effet, Merlin organisa un rassemblement de toute la noblesse. Dans un pré, se trouvait une magnifique épée fichée dans une enclume. Sur la pierre était inscrit : »Celui qui retirera l’épée de cette pierre et de cette enclume sera roi de toute l’Angleterre. »

On cria au miracle quand le jeune Arthur libéra l’épée de l’enclume. L’Angleterre avait trouvé son roi.

Le roi arthur écoutant les doléances de l'un de ses sujets

Il fédère les royaumes d’Angleterre et repousse l’envahisseur saxon. Il règne, son épouse Guenièvre à ses côtés, dans sa brillante cité de Camelot où il réunit autour d’une immense table ronde de preux chevaliers : Gauvain, Kay, Perceval, Lancelot, Tristan …

Couronnement du roi Arthur (Extrait d'un manuscrit du XIVe siècle, Bibliothèque nationale de France, Paris)

Mais, Arthur a de nombreux ennemis dont Loth de Lothian. Ce dernier envoie sa femme, Morgane, comme ambassadrice. Arthur la séduit et un enfant est conçu, Mordred. Ce qu’ignore Arthur c’est que Morgane est sa demi-sœur.

Merlin prédit que Mordred amènera la ruine du royaume.

Le roi Arthur et ses chevaliers (Gravure de Gustave Doré)

En cadeau de mariage, Arthur a reçu une magnifique table ronde. Lorsque les chevaliers prennent placent autour, une place reste vide. Elle est réservée à celui qui ramènera le Saint- Graal, une des reliques les plus sacrées de la chrétienté.

Lancelot, manuscrit enluminé du XVe siècle. En haut, naissance et éducation de Lancelot par la Dame du Lac; en bas, à gauche, Lancelot participant à un tournoi; à droite, sa vision du Graal

L’amour tient une grande place dans la légende arthurienne. Lancelot et Guenièvre s’aiment. Poussé par Mordred, Arthur accuse le couple d’adultère et de trahison. Lancelot s’enfuit alors sur le continent avec sa bien-aimée et de nombreux chevaliers.

Arthur part à leur poursuite. Le combat mettra fin à l’esprit de la Table ronde. L’honneur perdu et prisonniers de leurs passions, les chevaliers se précipitent vers la catastrophe finale.

Profitant de l’absence d’Arthur, Mordred lève une armée et s’empare du trône. Lors de la bataille de Camlann, Arthur tue Mordred mais est mortellement blessé.

Combat final entre Arthur et Mordred (Peinture de W.Hatherall)

Arthur, agonisant, fait jeter son épée dans un lac : la lame magique est rendue à la fée Viviane, la « Dame du lac », qui éleva Lancelot et envoûta Merlin.

Selon la légende, Bédivère installe le roi mourant dans une barque qui emmène le roi vers l’île magique d’Avalon.

Il est également dit que le roi Arthur reviendra car, sur sa tombe, est écrit : »Hic Iacet Arthurus Rex Quondam Rex futurus « (Ici gît le grand roi Arthur, celui qui fut et qui sera).

 

Voilà le résumé assez bref de la vie du roi Arthur. Mais quelle est l’origine de cette belle légende ?

 

La diffusion de la légende arthurienne

L’existence d’Arthur est fixée à la fin du Ve siècle et au début du VIe siècle de notre ère. Le premier auteur à évoquer le roi est l’historien Nennius, dans son histoire des Bretons, rédigée en 826, mais qui s’inspire d’un récit remontant à une époque bien antérieure.

L’histoire d’Arthur est en fait une collection de récits qui ont été ensuite rattachés à un seul héros et à une seule histoire. Cette dernière a été enrichie au cours des siècles.

Le roi Arthur représenté dans une fresque italienne du XIIe siècle. La légende a été rapportée en Italie par l'invasion normande

Les exploits d’Arthur ont été vraiment développés par Geoffroi de Monmouth, auteur d’une Histoire des rois de la Grande Bretagne (Historia regum Britanniae), écrite en 1136. C’est lui qui rassembla tous les récits en y mêlant un peu d’histoire vraie et beaucoup de fiction.

Il fait d’Arthur un roi et créé le personnage de Merlin.

 

Manuscrit flamand du début du XVe siècle montrant une joute en présence du roi Arthur

D’autres auteurs ont écrit des ouvrages sur le roi Arthur dont Sir Thomas Mallory (la Mort d’Arthur), Lord Tennyson (Les Idylles du roi) et T.H White (The once and futur king).

Ce sont deux auteurs français qui ont diffusé la légende arthurienne. Vers 1154, Robert Wace traduit l’Historia en un poème, le Roman de Brut.

On y voit pour la première fois les chevaliers prendre place autour d’une table ronde.

 

Le film Excalibur (1981) s'attache à l'esprit du mythe

Chrétien de Troyes a écrit plusieurs romans (1170 à 1182) retraçant la légende d’Arthur. On lui doit notamment Tristan et Iseut (poème perdu), Lancelot. C’est lui qui introduit le thème de l’amour passion.

Le thème de la quête du Graal n’apparaît qu’en 1215 avec la parution de poèmes français. L’origine du Graal se perd dans la nuit des temps. Attribut païen, puis chaudron magique des Celtes, il fut transformé au Moyen Age en un symbole chrétien.

 

Les preuves de l’existence du roi Arthur

Les ruines du château de Tintagel où, d’après la légende, Arthur est né, existe toujours. Il se dresse sur une pointe de terre fichée dans l’Océan, au nord des Cornouailles. L’édifice date sans aucun doute de la période concernée.

Une table ronde nous est parvenue. C’est un disque de chêne de six mètres de diamètre, exposé au château de Winchester.

Mais, les analyses ont montré que la table date en fait du XIIIe siècle.

 

Le roi Arthur et la liste des royaumes conquis (document de la Chronicle of England, datée de 1300)

En 1191, les moines de l’abbaye de Glastonbury déclarèrent avoir découvert les corps d’Arthur et de Guenièvre.

Le lieu s’accorde avec la légende qui fait de Glastonbury l’île d’Avalon.

Le supposé souverain eut doit à de nouvelles funérailles grandioses. Mais, comment les moines ont-ils identifiés les ossements du roi, cinq siècles après sa mort ? « A sa noble stature », répondent-ils.

Cette réponse est loin de garantir l’authenticité des cadavres.

 

Cependant, nous disposons de quatre récits de cette exhumation. Tous se rejoignent sur deux points

essentiels :

 

* La tombe était protégée de deux pyramides de pierre

* Sous le cercueil, on trouva une croix sur laquelle étaient inscrits les mots suivants : Ici gît le grand roi Arthur, et Guenièvre, sa seconde femme, enterrés dans l’île d’Avalon

 

Cette croix a été perdue. On en possède une reproduction dans la sixième édition du Britannia de Camden.

L’analyse épigraphique a révélé que la croix n’était pas du VIe siècle (siècle de la mort d’Arthur) mais du Xe siècle.

 

Reproduction de la croix

 

En 1962, des archéologues firent des fouilles sur l’emplacement présumé de la tombe d’Arthur. Ils trouvèrent un puits, d’où un monument en pierre aurait pu être retiré, ainsi qu’un grand trou qui avait été comblé entre 1180 et 1191.

La croix a très certainement été rajoutée par l’évêque Dunstan, au cours de travaux, au Xe siècle.

Les ruines de Stonehenge. Selon la légende, Merlin en aurait été le bâtisseur. Bien que ce soit faux, Stonehenge joue un rôle non négligeable dans le cycle arthurien. By John P Licence

Les historiens ont cherché à situer Camelot, la capitale d’Arthur, dont le nom vient probablement de Camulos, dieu celtique de la Guerre.

Les archéologues ont retrouvé dans le Devonshire, à Cadbury, les vestiges de puissantes fortifications circulaires. Une place forte importante existait là au Ve siècle. Il est logique de penser que si un roi luttait contre les envahisseurs, Cadbury devait être sa capitale.

 

Tapisserie du XIXe siècle représentant la mort d'Arthur

Il est certain qu’à la fin du Ve et au début du VIe siècle, les envahisseurs saxons, ont été repoussés pour un temps.

Cette victoire a forcement nécessité une alliance des nombreux rois celtes. Cette alliance devait avoir un chef, sans doute un ancien officier romain, rompu à la stratégie et l’art de la guerre.

Pourquoi ne se serait-il pas appelé Arthur ?

D’autres historiens pensent que Arthur n’était qu’un chef de clan ordinaire qui guerroyait près de la frontière écossaise. Vers 500, les Bretons remportèrent la bataille de Badon. Cette bataille importante assura la paix pendant 50 ans. L’artisan de cette victoire s’appelait Arthur.

 

 

la baie des trepassés

 

_____ C'étaient deux marins de Quimper.

Ils s'étaient chargés de transporter dans leur chaloupe des fûts de cidre à destination de Benn-Odet

Peut-être s'attardèrent-ils chez l'aubergiste à qui ils avaient à livrer la cargaison. Toujours est-il qu'ils laissèrent passer l'heure de la marée. Parvenus à l'endroit qu'on nomme "la Baie", ils n'eurent plus assez d'eau et durent échouer piteusement dans les vases. Six heures à attendre avant la prochaine marée et cela en pleine nuit !... Ils firent contre mauvaise fortune bon coeur. Tous deux se roulèrent dans les plis de la voile qu'ils avaient amenée. Déjà ils fermaient l'oeil quand une voix très forte les appela l'un et l'autre par leurs prénoms respectifs.

_____- Ohé ! Yann !... Ohé ! Caourantinn.

_____- Ohé ! répondirent Caourantinn et Yann.

C'est de la sorte que les marins ont coutume de ce héler entre eux.

_____- Venez nous chercher ! repris la voix.

La nuit était si noire qu'on y voyait plus à deux brasses. La voix, quoique très forte, semblait venir de très loin. Puis, elle avait en vérité quelque chose d'étrange. Yann et Caourantinn se touchèrent du coude.

_____- Je crois bien, dit Yann, que c'est la voix de mon vilain patron, de Iannic-ann-ôd.

_____- Je le crois aussi, murmura Caourantinn. Tenons-nous cois. Ce n'est pas le moment de lever le nez.

Et ils s'entortillèrent plus étroitement dans la voile.

Mais ils avaient encore plus de curiosité que de peur. Yann, le premier, se haussa pour regarder au-dessus des bordages.

_____- Vois donc ! dit-il à son compagnon.

Le fond de la baie, à leur gauche, venait de s'éclairer subitement d'une lumière qui semblait sortir des eaux. Et, dans cette lumière, se profilait une barque toute blanche, et dans la barque cinq hommes étaient debouts, les bras tendus en avant. Ces cinq hommes étaient vêtus pareillement de cirés blancs parsemés de larmes noires.

Ce n'est pas Iannic-Ann-ôd, dit Yann ; ce sont des âmes en détresse. Parle-leur, Caourantinn, toi qui cette année as fait les Pâques.

Le mur des disparus en mer

Caourantinn se fit un porte-voix de ses mains et cria :

_____- Nous ne pouvons aller vous chercher ; nous sommes échoués ici. Venez à nous vous-mêmes ou dites-nous ce qu'il vous faut. Ce que nous pourrons, nous le ferons.

 

_____Les deux marins virent alors les cinq fantômes s'asseoir chacun à son banc. L'un prit le gouvernail, les autres se mirent à ramer. Mais, comme ils ramaient tous du même côté, l'embarcation, au lieu d'avancer, virait sur place.

_____- Sont-ils bêtes ! grogna Yann ; en voilà des matelots d'eau douce !... J'ai bien envie d'aller leur montrer la manoeuvre. C'est peut-être ça qu'il leur faut. Qu'en dis-tu, Caourantinn ? si tu restais garder le bâteau ?

_____- Non pas ! si tu vas, je t'accompagne.

_____- Après tout, il n'y a pas de risque. Nous pouvons laisser le bateau là où il est. Il y en a encore pour une bonne heure avant le premier flot. Viens çà, camarade, à la grâce de Dieu !

 

_____C'est à peine s'ils eurent de l'eau jusqu'à mi-jambes.

Ils s'acheminèrent sur le fond de vase dans la direction de la barque blanche.

Plus ils approchaient, plus les matelots surnaturels faisaient force de rames, et plus aussi la barque blanche virait, virait, virait.

 

_____Quand les deux compagnons furent tout près d'elle, elle sombra soudain et avec elle disparut la lumière qui éclairait le coin de la baie. La nuit et la mer, un instant, se confondirent. Puis à la place où étaient les quatre rameurs, s'allumèrent quatre cierges. A leur clarté douteuse, Yann et Caourantinn s'aperçurent que le cinquième fantôme, celui qui tenait tout à l'heure le gouvernail, dressait encore au-dessus de l'eau la tête et les épaules.

 

_____Ils s'arrêtèrent, saisis d'épouvante. A vrai dire, ils eussent préféré être ailleurs. Mais comme ils s'étaient tant avancés, ils n'osaient plus rebrousser chemin. L'homme avait, du reste, une figure si triste, si triste, qu'il eût fallu être mauvais chrétien pour n'en avoir point pitié.

_____- Etes-vous de la part de Dieu ou de la part du diable ? demanda Yann.

Comme s'il eût deviné leur pensée et les sentiments qui les agitaient, l'homme leur dit :

_____- N'ayez aucune crainte. Nous sommes ici cinq âmes qui souffrons cruellement et mes quatre compagnons souffrent encore plus que moi. La tristesse que vous voyez sur mon visage n'est rien auprès de la leur. Voilà plus de cent ans que nous attendons en ce lieu le passage d'un homme de bonne volonté.

_____- S'il n'est que de bien vouloir, nous sommes à votre disposition, répondirent Yann et Caourantinn.

_____- Vous irez, s'il vous plaît, trouver le recteur de Plomelin et vous le prierez de faire dire pour nous, au maître-autel de l'église, cinq messes mortuaires pendant cinq jours de suite. Puis vous aurez soin que, pendant ces cinq jours, à ces cinq messes, assistent régulièrement trente-trois personnes, vieilles ou jeunes, hommes, femmes ou enfants.

_____- Douè da bardono ann Anaon ! (Dieu pardonne aux défunts !) murmurèrent les deux marins, en faisant le signe de croix. Nous vous satisferons de notre mieux.

 

_____Le lendemain, Yann et Caourantinn allèrent trouver le recteur de Plomelin. Ils lui payèrent d'avance les vingt-cinq messes. Ils assistèrent eux-mêmes à toutes ; pour être sûrs des trente-trois assistants exigés, ils emmenaient chaque jour de Quimper leurs femmes, leurs enfants, leurs proches et leurs amis. Jamais on ne vit tant de monde à la fois aux messes basses de Plomelin.

Le sixième jour, Yann dit à Caourantinn :

_____- Si tu veux, nous nous rendrons à la baie, cette nuit, pour savoir si ce que nous avons fait est bien fait...

_____- Soit, répondit Caourantinn à Yann.

Et la nuit venue, ils descendirent la rivière dans leur chaloupe. Ils mouillèrent à l'endroit où ils avaient échoué six jours auparavant. Et ils attendirent. Bientôt, la lumière qu'ils avaient déjà vue commença de monter au-dessus des flots. Puis, la barque blanche se dessina, et dans la barque réapparurent les cinq fantômes. Ils avaient toujours leurs cirés blancs, mais les larmes noires n'y étaient plus. Leurs bras, au lieu d'être tendus en avant, étaient croisés sur leur poitrine. Leur face rayonnait.

 

_____Et, tout à coup, sonna une musique délicieuse, si attendrissante que Caourantinn et Yann en eussent volontiers pleuré de bonheur.

Les cinq fantômes s'inclinèrent tous à la fois et les deux marins les entendirent qui disaient avec une voix douce :

_____- Trugarè ! Trugarè ! Trugarè ! (Merci ! merci ! merci !).

 

le rocher du serpent

 

Sur la plage de Tréompan où se trouve le Rocher du Serpent, il y eut autrefois de sombres drames. Un dragon effrayant qui ne ressemblait en rien à ceux rencontrés autre part, y vivait et dévastait la contrée.

 

Il corrompait les jeune filles et les entraînait à leur perte. D'étranges maladies surgissaient à son contact, dégradaient les corps et décimaient les jeunes gens qui l'approchaient volontiers, car il savait moduler, quand il le voulait, une voix mélodieuse qui troublait même les sirènes.

 

C'est alors qu'un jour, un barde intrépide osa le braver et aller à sa rencontre. D'abord, il se servit de sa harpe pour le séduire mais le serpent se mit à gronder d'une façon épouvantable et à menacer l'intrus d'une langue de feu terrifiante. Alors, un prêtre vint, suivi d'un frêle enfant de chœur. Quand il le vit, le serpent roula dans sa face longue et sinistre de gros yeux étonnés. Le prêtre voulut profiter de ce premier avantage et se mit à l'exorciser en prononçant ses malédictions en latin mais, oh stupeur, le hideux serpent se mit à rire, rire si fort que les maisons de tout le Léon tremblèrent jusqu'à Coat-Méal.

- Deuz-ta, ricana-t-il, deuz ta da c'hoari ganémé (1) et parle-moi breton au moins !, ironisa en français le serpent ; peut-être alors, je te comprendrai. Je n'ai jamais été au séminaire et je ne m'en porte pas plus mal.

- Ah ! tu ne t' en portes pas plus mal, répliqua le prêtre, malgré lui piqué au vif. C'est ce qu'on va voir.

 

Et il se mit à genoux, en prières, le serpent immobile, le regardait et souriait dans ses moustaches de grand félin perfide.

 

- Allons, c'est l'heure, commanda le prêtre à l'enfant de chœur.

 

Ensemble, d'un bond ils se levèrent, tracèrent un grand signe de croix qui fit brusquement reculer la bête dans son antre mais l'enfant courut, rapide, et lui jeta violemment dans les yeux deux poignées d'eau bénite.

 

Un véritable rugissement de douleur secoua alors la grève. Ainsi encouragé par l'intervention divine, l'enfant redoubla son attaque, inondant véritablement tout le corps de la terrible bête qui se débattit encore une fois et fendit les parois de son repaire. A bout de souffle, elle se coucha sur le sable et parut mourir. Mais elle n'était qu'évanouie ! L'enfant saisit cependant promptement l'occasion qui s'offrait à lui, détacha de sa propre autorité l'étole du prêtre et, l'enroulant autour du cou de sa victime, il l'entraîna, magnétisée jusqu'au bord de la mer où elle se réveilla soudain au contact des vagues.

 

Mais l'enfant veillait ! D'un geste large, il jeta de nouveau de l'eau bénite et encore de l'eau bénite en faisant 3 fois le signe de la croix.

 

Ce fut la fin ! Les brûlures du monstre étaient si vives, le feu de ses plaies si ardent que l'eau se mit à bouillonner. Le serpent s'enfonça peu à peu dans la mer. On vit sa longue échine disparaître puis sa queue qui battit l'air comme celle d'un grand marsouin harponné.

 

Ce fut à ce moment un long cri de triomphe sur toute la grève et les cloches de cinq villages se mirent à carillonner à gorge éperdue. Puis, comme les étoiles s'allumaient au ciel, chacun s'en retourna chez soi, heureux, enfin soulagé de l'affreuse menace qui pesait sur tout le pays.

 

Durant la nuit, on commenta sans fin les exploits du petit Pierrick qui avait jugulé le fauve redoutable et par-dessus tout, on louait la bonté de Notre Seigneur et Madame Marie qui avaient permis de terrasser le paganisme qu'incarnait manifestement ce dangereux plésiosaure.

 

Le lendemain, une grande surprise attendait les riverains de Tréompan et tous les spectateurs. En face de la grève s'était élevé depuis la veille un énorme rocher semblable à un petit Gilbratar. D'où pouvait venir cette pierre géante hier inconnue ?

 

Parbleu ! Ce ne pouvait être que les dernières convulsions sous-marines du monstre.

 

Sur les indications pressantes du vénéré recteur, on nomma l'île Enez Kroza (l'île de Croix), mais le bedeau qui fut chargé de bannir la nouvelle sur la place du bourg prononça maladroitement le mot. Tout le monde ou presque, entendit Enez Kroz et ce nom approximatif lui resta. On comprit mieux la faute du bedeau quand à la fin de son harangue heurtée, trébuchante, il enleva son chapeau à guides et cracha dedans la chique qui était restée collée à son palais.

 

 

Le Cercle de Fées

 

Un soir d'été, la belle Manon s'en allait rentrant chez elle après le bal. Ne voulant pas faire un grand détour, elle décida de passer par la forêt.

 

Elle savait toutes les choses que l'on racontait ici<et là sur les êtres qui vivaient en cet endroit. Mais après avoir danser pendant des heures, la belle Manon ne pensait qu'à une chose: rentrer chez elle pour tremper ses peids dans une bassine d'eau glaçée!

 

Elle prit donc le chemin qu'elle avait l'habitude de prendre quand le Roi Soleil brillait dans le ciel.

 

Mais là, c'était sa soeur la Lune qui luisait de ses pâles rayons bleutés et elle avait beaucoup de mal à éclairer le chemin noueux des bois!

Manon s'érafflait les jambes à chaque pas, mais elle ne voulait en aucun cas s'arrêter, de peur qu'une bête vienne la dévorer!

 

Les heures avançaient et la nuit était de plus en plus noire et les rayons ne traversaient plus la grosse épaisseur de branches qui couvraient le senier.

 

Plus le temps passait, plus le coeur de Manon battait car la demoiselle ne savait plus où elle devait aller! Elle le connaissait pourtant bien ce chemin, mais là, la fatigue et l'obscurité firent qu'elle se perdit bel et bien!

 

Elle fut prise de frayeur et chaque pas devint un vrai supplice. Les larmes commençaient à lui brouiller la vue et à couler le long de ses joues. Lorsqu'au loin, elle vit derrière des buissons, une petite lumière. Elle s'approcha sans faire de bruits... Et là, sous ses yeux ébahis, elle vit de magnifiques petites fées en train de danser, de virevolter, de chanter...

 

Elle n'osa les interrompre de peur qu'elles ne s'échappent ou qu'elles ne lui fassent un mauvais sort!

Elle se laissa donc bercer par les mélodies douces, guillerettes et réssurantes des fées. Elle en oublia même sa peur!

Elle se laissa aller jusqu'au petit matin. Les unes après les autres, les fées disparurent.

 

Et lorsque Manon prit conscience de la fin des chants, il n'en restait plus une.

Elle s'avança dans la prairie déserte et quelle ne fut pas sa surprise de voir à la place de la ronde de fées, un cercle dessiné sur le sol.

 

Elle avait déjà entendu parler des cercles de fées mais elle n'avait déjà pas oser imaginer que les fées existent, alors les cercles de fées, encore moins!!!!

 

Mais, malgré le levé du jour, elle ne savait toujours pas où elle se trouvait et quel chemin elle devait prendre pour rentrer chez elle! Et soudain, une idée lui vint :"La légende dit que les cercles de fées exaucent les souhaits de ceux qui se glisse en son centre! Moi qui pensait que les fées n'existaient pas, je dois avouer que je n'ai rien à perdre!"

Et aussitôt dit, aussitôt fait! Manon se glissa au centre du cercle de fées, là où l'herbe est d'un vert plus clair, intense; et elle commença à formuler son voeu: " Magie des fées, exauce mon voeu... Emmènes-moi dans ma demeure! Je suis perdue!"

 

Et en un instant, Manon se retrouva sur le seuil de sa maison! Quelle ne fut pas sa joie!

Elle franchit la porte et s'écria:"Papa, maman, vous ne devinerez jamais ce qu'il m'est arrivé!!!"

Son père, rouge de colère, ne lui laissa pas finir ses explications et lui intima l'ordre d'aller dans sa chambre et de ne plus en sortir avant qu'elle ne soit marier!

 

Manon, devant le visage renfrogner de son père et les yeux de sa mère rougis par les larmes,la tête basse, s'exécuta et garda le secret car après tout, qui la croirait?

 

Mais vous, lecteur, qui avez prit le temps de lire l'histoire de Manon, si d'aventure en pleine forêt, vous voyez au petit matin, un cercle de Fées, là où l'herbe est d'un vert clair, intense, glissez-vous en son centre et faites un voeu! On ne sait jamais, la magie des fées peut peut-être vous exaucer!!

 

 

Les tâches de la Lune

 

Les adultes korrigans aiment raconter des histoires aux jeunes korrigans avant qu'ils ne s'endorment.

En voici une:

"La Lune et le Soleil sont frère et soeur. Ils s'aiment mais la Lune est un peu jalouse de son frère. Elle lui envie sa lumière.

Elle se lamente souvent en se disant:" Pourquoi ne suis-je pas aussi brillante que mon frère. Quand mon frère est parti se coucher et que je dois veiller, on ne voit presque rien! Que j'aimerais brillé autant que lui!"

 

Un jour, la Lune décide de passer à l'action et au moment où son frère part se coucher derrière la terre, elle lui vole deux rayons.

Cette nuit-là, quel ne fut pas notre surprise de voir plus clair la nuit!

 

Mais, le lendemain, à son réveil, le Soleil remarqua qu'il ne brillait plus autant que la veille! Il regarda partout pour voir s'il n'avait rien perdu et vit qu'il lui manquait deux rayons. Il chercha partout et ne les trouva pas.

Les hommes n'aurait quand même pas eu l'idée de lui faire ça! Lui qui était si bon pour eux!

Il se décida à aller en parler à sa soeur. Et quel ne fut pas sa surprise de voir sa soeur, plus brillant que d'habitude, se mirer dans l'océan!

La colère lui prit. Si elle lui avait demandé, il lui aurait donné avec plaisir ces deux rayons mais là, c'est du vol!

De colère, il prit plusieurs boules de boue et les jeta sur la Lune. Surprise, elle se retourna et vit avec horreur la colère dans les yeux de son frère.

"Tu m'as volé, dit-il. J'aurais partagé avec plaisir ma lumière mais maintenant te voilà toute sale. Ta lumière brille aussi faiblement qu'avant et ce pour toujours car tes tâhces ne partiront jamais!"

La Lune, honteuse, alla se cacher et essaya en vain de retirer ces tâches. Mais plus elle frottait, plus elle devenait terne. Elle finit par se résigner et garda ses tâches.

Et c'est depuis ce jour que la Lune porte des tâches."

 

azenor , dame blanche

 

À l’autre bout de la Bretagne, Azénor, fille d’Éven, comte de Léon, et sitôt mariée au comte de Goëlo, fut si calomniée par sa marâtre que son époux la crut adultère. Il la ramena à son père qui, ulcéré, l’enferma dans la tour précédant l’actuelle, et la condamna au bûcher. Preuve de son innocence, le bois refusa de s’enflammer, mais l’affront était tel qu’on la jetta à la mer, enfermée dans un tonneau. Protégée par un ange, la jeune femme erra quelques mois sur les eaux avant d’aborder en Irlande, où elle donna naissance à un fils, Budoc. Adulte, il se fit moine, s’embarqua pour la Bretagne sur une auge de pierre et accosta à Porspoder, d’où il évangélisa le Bas-Léon. On assure qu’après des années de prédication, il fut appelé à Dol et nommé évêque.

Les spectres hantent bien des endroits : une dame blanche erre dans le parc du château de Trécesson, en Campénéac, à la suite d’un meutre atroce. Vers 175O, un braconnier de la forêt de Paimpont observa de nuit des hommes qui brutalisaient une jeune inconnue en robe blanche. Elle les suppliait de l’épargner, ils l’enterrèrent vivante.

Force est d’arrêter un récit qui ne saurait avoir de fin. À chacun de suivre le chemin de Bretagne, guidé par la légende, et, l’esprit allégé des certitudes commodes, d’y découvrir la nature..

Un dernier conseil avant le départ : à l’approche de tout lieu humide, pire d’une tourbière, évitez de piétiner “l’herbe d’oubli”. Aussi fréquente que peu visible, cette fougère rampante vous égarerait longuement, à moins de parvenir à retourner sinon sa veste, du moins les poches. Oui, la féerie nous suit ici comme une ombre.

 

le cheval enchanté

Il était une fois un jeune homme du nom de tag possédant douze juments qui donnèrent naissance ensemble à onze jolies pouliches alezanes et un affreux gringalet bleu Mais c'était un poulain qui parlait et Tag, subjugué, suivit toutes ses instructions. Bien nourrit le poulain devint un cheval gigantesque. Il était doté de pouvoirs magiques et conseilla à son maître de gagner sur son dos la cours du roi. Les chevaux du roi étaient atteints d'une maladie inconnue et le cheval de Tag les guéris par magie. Tag fût nommé chevalier et grand chambellan. Mais une dame de la cour qui le détestait suggéra au roi de l'envoyer conquérir le cheval du monde. Aidé par son cheval enchanté, Tag y parvint, mais son ennemi suggéra de l'envoyer guérir le princesse aux cheveux d'or. Il y parvint encore grâce a la reine des oies sauvages, qu'il avait sauvé de la faim. Le roi voulut épouser la princesse sur le champ, mais elle s'y refusa, parce qu'elle ne pouvait se marier sans avoir avec elle les biens contenus dans un coffre de son château. Tag fût encore chargé d'y aller et y parvint grâce au roi des poissons à qui il avait rendu service. Alors le roi qui voulait retrouver sa jeunesse lui ordonna de se mettre en quête de l'eau de port et de l'eau de vie, car il était possible de rajeunir si l'on était successivement tué puis ressuscité. Tag réussit cette mission moyennant le sacrifice de son cheval. Mais dès qu'il eu en sa possession les deux eaux, il arrosa l'animal avec celle de vie et le ressuscita. Quant à la princesse aux cheveux d'or, elle versa sur le roi de l'eau de mort... mais se garda bien de l'arroser ensuite d'eau de vie et put ainsi épouser Tag qu'elle aimait depuis le premier jour.

 

la legende de lestremeur

 

A Lestremeur, il y avait un lutin qui était bon à quelque chose.

Aussitôt que l'eau diminuait à l'étang, on le voyait se diriger immédiatement vers le pont de Kervizin, un bonnet rouge sur la tête et il restait là en faction jusqu'à ce qu'on lâchat les écluses à Kervizin. Aussitôt, il prenait gravement le chemin du moulin de Lestremeur, sifflant de manière à être entendu à 9 km tout à l'entour.

Mais aussi, malheur au meunier, si après avoir été aussi bien averti, il n'était pas à son poste. Quand arrivait "Peotr ar bonnet ruz", il trouvait un gros gaillard de chaque côté de la porte du moulin. Quand le messager d'outre-tombe donna le signal, il paya fort cher sa négligence. On parle même de 2 ou 3 d'entre eux qui furent tellement rouées de coups qu'ils en perdirent la vie.

Une autre légende concernant Lestremeur rapporte que le meunier avait nuit et jour, de ces "paoted ar sabbat" à ses côtés, tantôt quand il travaillait à son moulin, ils étaient là prenant son bonnet et jouant avec lui comme des enfants, tantôt, c'était un tintamarre comme si le moulin allait voler en éclat.

D' autre fois cela prenait un tour plus sérieux. On entrait dans le moulin quoique tout fut bien fermé. Un jour fatigué, le pauvre meunier se mit en devoir, la pelle à la main, de monter la garde, bien décidé à frapper ce qu'il verrait entrer. Il était depuis quelques temps en faction à la porte quand il vit une araignée étendre ses longues jambes il frappa bien vite et sur la pelle, il vit 2 doigts coupés avec un anneau d'or sur l'un des doigts. Le lendemain, il apprit que la demoiselle du château était malade.

Elle guérit mais désormais, on remarqua qu'il lui manquait 2 doigts à la main gauche, ce qui dit-on, donna à penser au meunier.

 

l'ankou

Dans les légendes bretonnes, la Mort est personnifiée par un être redoutable qui n'a rien à voir avec la fameuse Camarde de la mythologie gréco-latine. D'abord, ce n'est pas une femme, mais un homme. Il est réduit à l'état de squelette, mais c'est un squelette habillé : Il est vêtu comme les laboureurs de Basse-Bretagne, d'une chupenn (veste) et de bragou braz (pantalons bouffants) noirs et porte, sur ses longs cheveux blancs, un large feutre à rubans. Sa tête décharnée tourne sans cesse autour de ses vertèbres cervicales pour rechercher les vivants qu'il a mission de détruire. Il est armé d'une faux, mais celle ci est curieusement emmanchée à l'envers, le tranchant vers l'extérieur de façon à prendre les vies quand il agite son bras. Il l'affûte avec un os humain.

C'est l'âme du dernier mort de l'année qui, dans chaque paroisse, remplit pour un an les fonctions de l'Ankou. il entasse ses victimes dans une charrette a cheval délabrée et grinçante (karrik ou karriguel an Ankou ) . Il est traîné d'ordinaire par deux chevaux attelés en flèche. Celui de devant est maigre, efflanqué, se tient à peine sur ses jambes. Celui du limon est gras, a le poil luisant, est franc du collier.

L'Ankou se tient debout dans sa charrette.

Il est escorté de deux compagnons, qui tous deux cheminent à pied.L'un conduit par la bride le cheval de tête. L'autre a pour fonction d'ouvrir les barrières des champs ou des cours et les portes des maisons. C'est lui qui empile dans la charrette les morts que l'Ankou a fauchés.

 

L'HISTOIRE DU FORGERON

 

Fanch ar Floch était forgeron à Ploumilliau. Une certaine veille de Noël, il dit à sa femme après souper:

-Il faudra que tu ailles seule à la messe de minuit avec les enfants : j'ai encore une paire de roues à ferrer que j'ai promis de livrer demain matin sans faute, et, lorsque j'aurai fini mon travail, c'est de mon lit que j'aurai surtout besoin.

A quoi sa femme répondit:

-Tache au moins que la cloche de l'élévation ne te trouve pas encore travaillant.

-Oh ! fit-il, à ce moment là, j'aurai déjà la tête sur l'oreiller.

Le temps était clair et piquant quand il retourna à son enclume.

-Nous prierons pour toi, dit la femme, mais souvient toi de ton coté de ne pas dépasser l'heure sainte.

-Non, non, tu peux être tranquille.

Il se mit à battre le fer mais le temps s'use vite quand on besogne ferme. Fanch ar Floch ne l'entendit pas s'écouler et le bruit de son marteau sur l'enclume l'empêcha d'entendre la sonnerie lointaine du carillon des cloches de Noël. L'heure de l'élévation était passée quand tout à coup, la porte grinça sur ses gongs.

-Salut ! dit une voie stridente.

-Salut ! répondit Fanch.

Il dévisagea le visiteur : c'était un homme de haute taille, le dos un peu voûté, habillé à la mode ancienne, avec une veste à longues basques et des braies nouées au dessus du genou.Un chapeau à larges bords rabattus empêchait de voir ses traits.Il reprit:

-J'ai vu de la lumière chez vous et je suis entré, car j'ai un besoin pressant de vos services.

-Sapristi ! dit Fanch, vous tomber bien mal, j'ai encore à ferrer cette roue et je ne veux pas, en bon chrétien, que la cloche de l'élévation me surprenne au travail.

-Oh ! dit l'homme, avec un ricanement étrange, il y a plus d'un quart d'heure que la cloche de l'élévation a tinté.

-Ce n'est pas Dieu possible ! s'écria le forgeron en laissant tomber son marteau.

-Si fait ! repartit l'inconnu...ainsi que vous travailliez un peu plus, un peu moins ! ...Ce n'est pas ce que j'ai à vous demander qui vous retardera beaucoup: il ne s'agit que d'un clou à river.

En parlant de la sorte, il exhiba une large faux dont il avait caché le fer derrière ses épaules.

Voyez continua t il, elle branle un peu : vous aurez vite fait de la consolider.

Mon Dieu, oui ! Si ce n'est que cela, je veux bien.

L'homme s'exprimait d'une voix impérieuse qui ne souffrait aucun refus. Il posa le fer de la faux sur l'enclume.

-Eh, mais il est emmanché à rebours, votre outil ! observa le forgeron. Le tranchant est en dehors ! Quel est le maladroit qui vous a fait ce bel ouvrage ?

-Ne vous inquiétez pas de cela, dit sévèrement l'homme. Il y a faux et faux. Contentez vous de bien la fixer.

-A votre gré, marmonna Fanch ar Floch, à qui le ton du personnage ne plaisait pas.En un tour de main, il eu rivé un autre clou à la place de celui qui manquait.

-Maintenant, je dois vous payer, dit l'homme.

-Oh, ça ne vaut pas qu'on en parle.

-Si, tout travail mérite salaire. Je ne vous donnerai pas d'argent, Fanch ar Floch, mais quelque chose qui a plus de prix que l'argent et l'or : un bon avertissement. Allez vous coucher, pensez à votre fin et, quand votre femme rentrera, commandez lui de retourner au bourg vous chercher un prêtre. Le travail que vous venez de faire pour moi est le dernier que vous ferez de votre vie. Kénavo ! ( au revoir. )

L'homme à la faux disparut. Déjà Fanch ar Floch sentait ses jambes se dérober sous lui : il n'eut que la force de regagner son lit ou sa femme le trouva suant les angoisses de la mort.

-Retourne au bourg et va me chercher un prêtre, lui dit-il. Au champs du coq, il rendit l'âme, après avoir forgé la faux de l'Ankou.